Histoire de Vendée

Histoire de la Vendée
du Bas Poitou en France

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CHAPITRE XIII
EVENEMENTS PRINCIPAUX ACCOMPLIS EN BAS-POITOU DEPUIS 1149 JUSQU'A L’ENVAHISSEMENT DU POITOU PAR SAINT LOUIS (1242)

 

Rôle d’Oléron (1150)


Divorce d’Eléonore et son mariage avec Henri, roi d’Angleterre (1152).


Révolte en Poitou contre les Anglais (1172). Influence des troubadours.


Guerre en Bas-Poitou provoquée par la mésintelligence d’Henri et d’Eléonore - Les Brabançons.


Henri II met le Poitou en état de défense (1175). Nouvelle révolte de Richard. Guerre Civile en Poitou entre Richard et Geoffroy. Grande chasse à Port-Juré, près D’Orbestier (1182).


Assassinat d’Arthur, - Invasion du Poitou par Jean Sans Terre et Philippe-Auguste (1206-1207).


Nouvelles invasions : Prise de La Garnache. Confirmation de la charge de prévôt et Sénéchal à Fontenay (1207).


Nouvelle guerre en Poitou, - Prise de Mervent et de Vouvent par Jean Sans Terre (1214).


Séjour de Jean Sans Terre à Fontenay (1214). Difficultés de Jean Sans Terre avec ses sujets. - Interdit du pape Honorius III contre divers seigneurs poitevins (1222).


Le Poitou en paix, - Attitude religieuse des grands seigneurs, - Evénements divers, - Don pour la reprise du château de Mareuil. Sièges de Fontenay et de Maillezais (1230-1233-1235 et 1236).


ROLES D'OLÉRON (1150)

 

Quelque temps après son retour de la Palestine (1149), Eléonore vint se fixer dans l'île d'Oléron avec la pensée de divorcer et de s'occuper sérieusement du gouvernement du Poitou. C'est pendant ce séjour à Oléron que se souvenant des Coutumes de la mer et du droit Rhodien, célèbres dans la Méditerranée, et qu'elle avait vu pratiquer en Orient, elle fit dresser les Rôles d'Oléron, dont elle avait eu la première idée vraiment gouvernementale aussitôt après son mariage.

Elle se livra elle-même, aidée des sages conseils de quelques chevaliers poitevins qui l'avaient accompagnée en ferre Sainte, à ce travail des rôles qu'elle publia en 1150. Il se composait de quarante-cinq articles qui règlent toutes les coutumes maritimes de l'Ouest, bientôt adoptées comme une règle générale des décisions judiciaires sur les matières de la navigation du commerce (1).

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NOTES:

(1) Auber, T. vin, 236-237.

 

DIVORCE D'ÉLÉONORE - SON MARIAGE AVEC HENRI II.
LES CHARTES MUNICIPALES.
RUPTURE DU LIEN FÉODAL RATTACHANT LES
SEIGNEURS POITEVINS AUX DUCS D'AQUITAINE.

 

En 1152, Éléonore, la fille du dernier de la race des Wilhem, abandonnait le roi de France Louis VII, pour porter à son rival, le' roi d'Angleterre, son coeur et sa -dot (1). Autour d'elle tout se meut, tout s'agite, elle semble être l'âme de toute cette époque. Il m'est pas jusqu'à ses adultères qui ne jettent dans notre histoire de nouveaux éléments, en entretenant dans les choses d'amour les haines de rivalité qui existent avec tant de force dans les choses politiques.

La logique des événements se rencontre partout, même dans les secrets de sa couche nuptiale……….N'y a-t-il pas une invisible fatalité dans sa rupture conjugale avec Louis le Jeune, et dans le choix qu'elle fait d'un nouvel époux, puisque ces déterminalions d'un caprice de femme sont le signal de guerres séculaires entre deux puissantes nations. Et chose bizarre, le Poitou qui sera un des champs de bataille de cette terrible lutte où se jouera le sort des nations, le Poitou où vont se renouveler les antiques souvenirs de nos premières luttes nationales, verra le nom de cette femme, le premier inscrit sur ces chartes municipales qui constituent l'indépendance des cités, ouvrent la vie politique à ces bourgeois et manants si rudement maltraités aux siècles passés, et deviennent les premières pages de l'épopée sublime dont le peuple doit devenir plus tard le héros.

Il faut pourtant savoir reconnaître aussi que ces cités eurent tour à tour à subir les libéralités et les exigences du vainqueur, que les demandes de subsides succèdent en effet aux octrois des privilèges, et que ces deux manifestations de la puissance royale marchent pour ainsi dire de front.

Le lien féodal qui rattachait les seigneurs poitevins aux ducs d'Aquitaine s'est rompu, et dans la période qui va s'ouvrir, les fiers barons seront les intrépides champions nationaux, repoussant avec la même énergie les envahisseurs qui menacent aussi bien leur propre liberté que celle de tout le territoire sur lequel s'élèvent leurs châteaux-forts, centre redoutable de leur activité guerrière. Là aussi l'importance historique des seigneurs de Thouars, de Lusignan, de Talmont, de Tiffauges, d'Apremont, de Pouzauges, de la Flocelière, de Mortagne de Mareuil, se révèle avec un grand éclat dans les luttes anglo-françaises. Elles font éclore avec une merveilleuse fécondité, tous les germes de cette noblesse dont les vigoureux rameaux couvrirent bientôt de leurs aristocratiques descendances, toutes les bourgades de nos contrées.

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NOTES:

(1) Les épousailles eurent lieu i Poitiers.

 

RÉVOLTE EN POITOU CONTRE LES ANGLAIS.
INFLUENCE DES TROUBADOURS.

 

C'est dans la poésie des troubadours aquitains qu'il faut chercher non seulement les éléments de la vie entière d'Éléonore, mais aussi les secrets des événements qui agitèrent nos contrées vers 1172.

Aux chants d'amour, succèdent des cris de guerre, à l'enthousiasme de la femme, celui des combats : " Quel plaisir ! s'écrie le poète aquitain Bertrand de Born, les coureurs qui précèdent l'armée chassent devant eux gens et troupeaux ; et aussitôt s'avance un nombre imposant de gens d'armes qui serrent leurs rangs. Mon cœur se réjouit au siège des châteaux les mieux fortifiés, quand les barrières sont rompues et renversées, quand sur la plaine s'étend une troupe nombreuse qu'entourent et protègent des fossés profonds, des retranchements et des pieux fortement entrelacés. Je jouis en voyant capitaines et soldats rouler dans les fossés profonds, en voyant les morts étendus, et les drapeaux et les guidons couchés à leurs côtés ! (1) "
N'y a-t-il pas dans ces chants et dans cet enthousiasme presque féroce quelque chose qui rappelle ces fameux poètes du Nord, fanatiques sectateurs d'Odin, disposant par l'horrible tableau des carnages, les; cœurs et les yeux des guerriers à braver l'horreur véritable des succès sanglants ?

C'est que les temps ont changé ! le Poitou lui aussi a invoqué ses antiques souvenirs de gloire ; son ardeur nationale s'est réveillée, et il est impatient de combats pour briser le joug qui l'oppresse. Le parricide avait amené le dénombrement de l'empire de Charlemagne le parricide allait se charger de briser la domination anglaise.

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NOTES:

(1) Traduction de Raynouard.

 

GUERRE EN BAS-POITOU PROVOQUÉE PAR LA
MÉSINTELLIGENCE D'HENRI
ET D'ÉLÉONORE. - LES BRABANÇONS.

 

La mésintelligence qui existait depuis longtemps entre Henri, roi d'Angleterre, sa femme Éléonore et leur fils, allait amener une rupture complète entre les membres de cette peu intéressante famille.

Éléonore venait d'être transportée prisonnière à Salisbury (1173), et cet événement, auquel n'était pas étranger son premier mari Louis VII, roi de France, fut en Poitou, où les concussions du sénéchal Raoul de Faye avaient amassé beaucoup de colères, le signal d'un soulèvement en faveur de la fille des anciens souverains (1).

Parmi les barons révoltés, on comptait Guy de Lusignan, Simon de Lezay, Raoul de Mauléon, Guillaume Larchevesque de Parthenay, etc.

C'était donc une conspiration générale à laquelle se joignit le roi de France Louis VII. Le roi d'Angleterre Henri y répondit en se jetant sur le Poitou à la tète de vingt-mille Brabançons, Routiers et Cotereaux, soldats de fortune et pillards qu'il avait déjà utilisés en Angleterre.

A la tête de ces terribles auxiliaires, il envahit le Poitou, le dévasta et s'empara de beaucoup de postes fortifiés. Un an s'était passé tout entier de part et d'autre, dans ces préparatifs d'une guerre cruelle. Le jour de la Pentecôte 1174, il était à Poitiers. Il y fut informé que son fils Richard s'était rendu maître de Saintes.

Aussitôt, suivi des Poitevins, il court reprendre cette ville, puis se met à la poursuite de son fils qu'il force à chercher un refuge Taillehourg. Tranquille alors de ce côté, il confie la défense du pays à des seigneurs dévoués et se met en route pour la Normandie, où se passaient d'autres événements. Après des alternatives de succès et de revers, la pais était conclue entre tous les princes et les deux rois, le 3 septembre 1174. Henri Il et son fils Richard faisaient ensemble leur entrée à Poitiers.

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NOTES:

(1) " Tu as été enlevée de ton pays et emmenée dans la terre étrangère, s'écrie un moine anonyme. Élevée dans l'abondance et la délicatesse, tu jouissais d'une liberté royale, tu vivais au sein des, richesses, tu te plaisais aux, jeux de tes femmes, à leurs chants, au son de la guitare et du tambour ; et maintenant tu te lamentes, tu pleures et tu te consumes de chagrin. Reviens à tes villes, pauvre prisonnière. Où es ta cour R Où sont tes jeunes compagnes? Où sont tes conseillers Y Les uns, traînés loin de leur patrie, ont subi une mort ignominieuse ; les autres ont été privés de la vue ; d'autres, bannis, errent en différents lieux. Toi, tu cries et personne ne t'écoute ; car le roi du nord te tient resserrée comme une ville qu'on assiège. Crie donc, ne te lasse point de crier : élève ta voix comme la trompette, pour que tes fils t'entendent, car le jour approche où ils te délivreront, où tu reverras ton pays natal! "

A ces sentiments de tendresse pour la fille des anciens chefs nationaux, succède un cri de malédiction contre les villes qui tiennent pour le parti du roi de race étrangère : " Malheur aux traîtres qui sont en Aquitaine, car le jour du châtiment est proche ! - Malheur à ceux qui vont au roi du nord pour lui demander du secours. -- Malheur à vous, riches de la Rochelle, qui vous confiez dans vos richesses ! Le jour viendra où il n'y aura plus de fuite pour vous, où la fuite ne vous sauvera pas, où la ronce, au lieu d'or, meublera vos maisons, où l'ortie croîtra sur vos murailles (2). "

(2) Augustin Thierry. - Histoire de la conquête d'Angleterre.

 

 

HENRI Il - MET LE POITOU EN ÉTAT DE DÉFENSE.
NOUVELLE RÉVOLTE DE RICHARD.
GUERRE CIVILE EN POITOU ENTRE RICHARD ET
GEOFFROY (1) - GRANDE CHASSE A PORT- JURÉ,
PRÉS D'ORBESTIER.

 

Pendant que Henri Il faisait en France une paix plus honorable que lucrative, des soulèvements partiels éclataient en Angleterre, provoqués par ces mêmes enfants qui faisaient leur soumission en France Néanmoins, avant de retourner à Londres, il se hâta, dès les premiers mois de 11'70, de mettre le Poitou en état de défense.

A Richard, à qui ce soin n'incombait pas moins qu'à lui, puisque par le traité de Montlouis, il était possesseur de deux châteaux en Poitou et de la moitié des revenus que rendait cette province, il prescrivit de faire remettre, conformément aux traités de paix, les châteaux des. barons qui avaient été démantelés, dans le même état de défense où ils étaient avant les derniers troubles. Les baillis reçurent l'ordre de fournir au jeune duc, tout ce dont ils pourraient avoir besoin ; enfin, il mit à sa disposition tous les habitants du pays sujets au service militaire, en l'autorisant à les faire marcher partout où ils le jugerait à propos (2).

Cette paix entre le père et le fils ne devait pas être durable. La noblesse du Poitou avait, à la suite de nouvelles mésintelligences familiales, député à Angers, auprès de Henri Court-Mantel, frère de Richard, l'élite des barons, pour l'assurer de tout leur dévouement. A cette. mission officielle, les barons avaient ajouté des démarches particulières, pour réitérer leurs offres justifiées par les débauches publiques de Richard, ses entreprises sur les meilleures familles, où ses hardiesses s'attaquaient aux femmes les plus respectables, et désolaient un grand nombre de foyers de conditions libres.

Richard savait ces négociations, et prenait: ses mesures pour les ruiner. Donc, dans le courant de l'automne 1182, il invita à une grande chasse l'élite des seigneurs du Bas-Poitou. Le rendez-vous en était à Port-Juré, non loin d'Orbestier (3), où il avait une maison de chasse et des habitudes aussi fréquentes que ses rares loisirs pouvaient lui en permettre.. On n'y manqua pas. Là se trouvaient groupés autour de lui Aimery VII de Thouars, qui détestait Henri II, Geoffroy de Lusignan, Raoul de Mauléon, Pierre de la Garnache et Pierre de Bouil : mais la ;chasse y. fut oubliée. pour la, politique; on y délibéra sur les moyens de résister au parti d'Henri II et l'on s'engagea à suivre le plan arrêté pour soutenir Richard dans ses projets sacrilèges, dont l'odieux s'effaçait aisément sous les apparences d'un patriotisme mal raisonné. Les événements qui se pressaient, allaient anéantir aussi ses projets éphémères (4).

Henri Court-Mantel, qui comptait aussi sur les ennemis de son père., n'hésita point à profiter des offres qui- lui étaient faites. Après avoir combiné ses moyens de prudence, il part pour, le, Poitou, où plusieurs châteaux lui sont ouverts. Il s'y entend avec Geoffroy qu'il envoie en Bretagne préparer ses moyens pour une jonction prochaine et une action commune. L'effet suivit de près cette entente. Geoffroy réunit plusieurs milliers de Brabançons et de ses propres vassaux ; puis il prend la tête de, ces forces, entre sur les terres de Richard, y fait un butin considérable, et livre aux flammes les propriétés du pays. Cette situation lamentable se prolongea jusqu'en 1184, époque où Eléonore d'Aquitaine, captive depuis douze ans, recouvra enfin une partie de sa liberté.

En 1185, Henri ayant enjoint à Richard l'ordre de rendre à sa mère tout le Poitou et les autres dépendances qui lui appartenaient en propre, Eléonore put retourner en Poitou, où elle fut accueillie avec bonheur, car son fils, rentré en grâce auprès de son père, y était haï (5).

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NOTES:

(1) Geoffroy, son: frère, était duc de Bretagne, par se mariage avec la fille de Conan IV.

(2) Auber, T. VIII, page 321.

(3) Commune de Château-d'Olonne.

(4) Fillon. - Poitou et Vendée, Saint-Cyr, page 4.

(5) Eléonore mourut à Poitiers le 31 mars 1'214 et non à Fontevrault. Son mari, Henri II, était mort à Chinon en 1189.

 

 

ASSASSINAT D'ARTHUR. INVASION DU POITOU PAR
JEAN SANS FERRE - PHILIPPE-AUGUSTE.

 

Jean-Sans-Terre,, ayant fait assassiner son neveu Arthur de Bretagne, qui avait des droits fondés à la succession de Richard, fut cité à la cour des pairs, comme vassal du roi de France. Jean n'ayant point comparu, fut déclaré rebelle par un jugement solennel, qui confisqua aussitôt tous ses domaines de France. Cet arrêt ne pouvait s'exécuter que par la force.

Philippe, à la tête d'une puissante armée, se jeta sur la Normandie, qu'il réunit à la couronne trois-cents ans après la cession qui en avait été faite par Charles-le-Simple à Rollon et à ses compagnons. Le vainqueur soumit avec la même facilité la Touraine, le Maine, l'Anjou, et envahit le Poitou (1), où Jean-Sans-Terre avait de nombreux partisans, parmi lesquels étaient surtout Robert de Thurnam, sénéchal de Poitiers, et Savary de Mauléon, seigneur de Fontenay. Malgré leur bravoure, Poitiers est pris, Robert fait prisonnier et toute la province semble menacée d'une entière réduction. Le frère de Jean-Sans-Terre, comte de Salisbury, se hâte de porter secours aux Poitevins, et Jean-Sans-Terre débarque lui-même le 9 juin 1206 à la Rochelle, où il rencontre Aimery VII de Thouars et son frère Guy, gouverneur de Bretagne pour Philippe-Auguste, et qui devenait parjure à la foi donnée.

D'autres seigneurs bas-poitevins, en revanche, demeuraient fidèles au roi de France, et parmi eux, Chabot-Thibault IIIe du nom, seigneur de Rocheservière et de la Grève. Il était en 1176, commandant de la milice d'Aquitaine, e conjointement avec Jean aux Belles-mains, évêque de Poitiers, il tailla en pièces une bande de routiers qui désolaient le Poitou. On le. voit figurer plus tard en 1206 parmi les grands seigneurs de la suite de Philippe-Auguste, et jurant avec eux au nom de ce prince, la trêve qu'il venait' de conclure avec Jean-Sans-Terre.

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NOTES:

(1) Un des plus chauds partisans contre l'anglais, fut Jean, seigneur de Nesmy.

 

 

NOUVELLES INVASIONS - PRISE DE LA GARNACHE
CONFIRMATION DE LA CHARGE
DE PRÉVOT ET SÉNÉCHAL A FONTENAY.

 

Pendant que Jean-Sans-Terre marche sur Montauban pour se venger de son beau-frère le comte de Toulouse, qui était du parti de Philippe-Auguste, le roi de France, instruit de ses préparatifs entre en Bretagne, s'empare de Nantes, se jette de nouveau sur le Poitou, prend la Garnache et fait prêter serment à Maurice de Craon de lui garder la forteresse de Pierre de la Garnache. Cette même année 1207, il confirme la charge de prévôt et sénéchal héréditaire de Fontenay, et de la terre du Pâtis, par Guillaume de Mauléon et : Girard de la Pérate (1). Poursuivant ses succès, Philippe-Auguste fortifie Mirbeau Loudun et quelques autres places, et revient à Paris pendant que Jean-Sans-Terre dévaste l'Anjou.

Une trêve de deux ans est enfin conclue par les deux rois, sur l'intervention du pape Innocent 111, mais Philippe savait trop bien ce que les trêves valaient pour son adversaire. Il l'accepta néanmoins, bien décidé au bout de ce temps à châtier son vassal félon.

Philippe entre de nouveau en Poitou, prend Airvault et Parthenay, pendant que son maréchal Clément de Metz s'emparait, dans une rencontre, de plusieurs barons poitevins, parmi lesquels se trouvaient il Ligues de Thouars, et Savary de Mauléon, châtelain de Fontenay. Ils avaient oser s'aventurer sur les terres du roi de France et les dévaster pendant que . ses lieutenants occupaient Parthenay. Ils revenaient chargés de butin., quand ils tombèrent entre les mains de l'ennemi qui,- après un !combat sanglant, les fit prisonniers et les envoya à Paris (2). Ce dernier., coup, eut pu être irréparable et amener un triomphe des armes, françaises, si les captifs n'avaient été recommandés au pape, qui ayant à cœur d'en finir, avec les Albigeois, désirait la paix entre les deux rois.

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NOTES:

(1) Archives de Fontenay, Tome i, page 65.

(2) Dom Fonteneau, XCXIV.- 209, etc..

 

 

NOUVELLE GUERRE EN POITOU - PRISE DE
MERVENT ET DE VOUVENT PAR JEAN-SANS-TERRE

 

Après l'interdit porté par le pape Innocent III contre Jean-Sans-Terre, ce dernier était venu à résipiscence et favorisait de son mieux l'Église ; mais comme il lui fallait toujours avoir la guerre avec quelqu'un, ce fut aux barons poitevins qu'il s'en prit. A la fin. de mars 1214, il était avec une nombreuse armée à la Rochelle, où il fut bientôt rejoint par Savary de Mauléon (1) et par d'autres chevaliers bas-poitevins.

A leur tête, il traverse Marans, Fontenay, et le jeudi, d'avant la Pentecôte (16 mai 1214), met le siège devant Mervent. Malgré l'énergique défense d'une poignée d'habitants qui s'étaient jettes dans le château, les pierriers anglais firent merveille, et devant des forces décuples la place capitula.

Le lendemain, Jean-Sans-Terre mettait aussi le siège devant Vouvent, où s'était jeté Geoffroy, de Lusignan avec, ses deux fils. Les fortes murailles de la petite ville, n'auraient pas non plus résisté longtemps aux pierriers anglais; qui les -battaient en brèche, si le comte de la Marche, accouru près de Jean-Sans- Terre, n'eût pas ménagé un traité, suivi de la reddition de Vouvent.
Le roi d'Angleterre quitta Vouvent le 21 mai 1214, pour aller au secours de la place de Moncontour, ;assiégée par le prince Louis, fils du roi de, France. Le prince anglais mit dans ses marches une diligence extrême, car le jour de la Trinité, il fit la paix définitive avec les Lusignan.

Le 26 mai, Lupillon, chef des arbalétriers, qui :occupait Mervent, avec une garnison nombreuse, rendit la place à Lusignan qui rentrait également en possession de Vouvent.

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NOTES:

(1) Dom Fonteneau, XCXIV.- 209, etc..

(2) Savary de Mauléon, fils d'un Raoul, seigneur de Mauléon, de Talmont et de Fontenay, s'attacha quelque temps à la fortune du roi de France, puis ensuite à celle du roi d'Angleterre. Il mourut vers 1223, en Angleterre, où il s'était réfugié à la suite de pirateries nombreuses, qui l'avaient rendu odieux aux Français. Il fut inhumé dans l'abbaye de Saint i, dont il avait été un des bienfaiteurs.

 

 

SÉJOUR DE JEAN-SANS-TERRE A FONTENAY
DIFFICULTÉS DE JEAN-SANS-TERRE
AVEC SES SUJETS - INTERDIT DU PAPE HONORIUS III
CONTRE DIVERS SEIGNEURS POITEVINS.

 

Pendant .cette campagne, Jean-Sans-Terre habita pendant plusieurs jours Fontenay, d'où sont datés divers actes renfermés aux archives de cette ville et que nous résumons ainsi.

27 avril 1214.- Permission accordée par Jean-Sans-Terre à G. Brochard, maître du Temple de Poitiers, d'expédier, une cargaison de vin (1).

28 avril. - Lettre de Jean-Sans-Terre, relevant Philippe Hareng, de la mise hors la loi prononcée contre lui à l'occasion d'un meurtre qu'il avait commis (2).

28 avril. - Lettre de Jean-Sans-Terre ordonnant à Béatrix de Machecoul de remettre le château de la Roche-sur-Yon sous la garde de ses- fidèles (3).

2 mai. - Du même, conférant un bénéfice à Guillaume de Roignes (4). - Jean-Sans-Terre (5) avait rétabli ses affaires dans le Poitou, mais la bataille de Bouvines (26 juillet 1214) (6) avait changé la face des choses. Jean-Sans-Terre. battu à La Roche-aux-Moines, après avoir ravagé les environs de Nantes, avait réussi néanmoins à regagner l'Augleterre, où il trouva ses barons ligués contre lui.

Ses sujets offrirent même la couronne à son vainqueur, le prince Louis, mais cette révolution ne devait pas être durable. Louis, proclamé roi à Londres, dut rentrer en France et faire la paix.

Le pape Honorius III n'avait pas vu sans un mécontentement extrême, Guillaume l'Archevesque, seigneur de Parthenay, Hugues de Lusignan, comte de la Marche, les autrê membres de leur famille, et leurs " complices " se rapprocher du roi de France (7). Le 5 juillet 1222, il mit toutes leurs terres en interdit, notamment Mervent, pour s'être " soustraits, disait la bulle, à la fidélité qu'ils devaient au roi d'Angleterre dont ils étaient les, hommes liges. " Les abbés de Talmont et de Saint-Michel-en-l'Herm et le doyen de Poitiers étaient chargés de fulminer l'excommunication (8).

L'historien impartial ne peut, dans la circonstance, que déplorer cette attitude du pouvoir spirituel, prenant partie dans des débats politiques, et compromettant ainsi le caractère sacré de la religion.

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NOTES:

(1) Tome I, pages 72 et 73.

(2) Tome I, pages 72 et 73.

(3) T. I, pape 75.

(4) T. I, pages 75.

(5) Il mourut le 9 octobre 1216, à l'âge de 53 ans.

(6) C'est à cette bataille que se couvrit de gloire un de Villebois-Mareuil, ascendant de l'illustre colonel du même nom, tué i t. en 1900, pour l'indépendance des Boërs.

(7) En 1218, Savary avait amené au roi de France toute une flottille, au port de la Claye.

(8) Louis Brochet. - La forêt de Vouvent, son histoire et ses sites, pages 81 et 82.

 

 

LE POITOU EN PAIX - ATTITUDE RELIGIEUSE DES GRANDS SEIGNEURS ÉVÉNEMENTS DIVERS :
DON POUR LA REPRISE DU CHATEAU DE MAREUIL
SIÈGES DE FONTENAY - LE-COMTE ET DE
MAILLEZAIS.

 

Pendant quelques années, le Poitou jouit d'une paix relative, dont profitèrent plusieurs seigneurs, soit pour faire des dons aux abbayes, soit pour contracter des emprunts afin d'aller en Terre Sainte pour accomplir un vœu ou secourir les chrétiens opprimés par les infidèles. Au bas de ces actes figurent toujours les plus grandes illustrations du pays, comme les La Trémouille, les Parthenay, les Vivonne, les Lusignan et d'autres noms moins connus.

Au mois de juin 1230 (1), Geoffroy II de Lusignan, dit la Grand'Dent, remit momentanément ses deux châteaux de Vouvent et de Mervent au nouveau roi d'Angleterre, Henri III, lors de sa courte apparition en Poitou, et ce malgré l'investiture qui en avait été donnée en 1226, par Louis VIII, à son fils Alphonse, qui n'avait que neuf ans, et qui ne fut réellement comte du Poitou qu'en 1241, à la suite de fêtes splendides données à Saumur, en présence des principaux barons poitevins. C'est en cette même année 1230 que Saint Louis accorda à Raimond ou Rainaud de Thouars, seigneur de Tiffauges, un don de cinquante livres de rente, jusqu'à ce qu'il ait recouvré le château de Mareuil, aux mains des Anglais.

Trois ans après, Fontenay connut encore les horreurs d'un siège. La succession de Savary de Mauléon, recueillie par Raoul de Mauléon, fils naturel qu'il avait eu d'Amabilie du Boys, fut réclamée par Geoffroy de Lusignan. Aux contestations succédè-rent bientôt lés hostilités et les combats. Geoffroy vint, mettre le siège devant Fontenay, que défendait Raoul. Là ville dut se rendre. Le vaincu Raoul et sa mère conservèrent à peine quelques minces domaines dont ils se dessaisirent (1235) en faveur d'Alphonse, frère de Saint Louis.

Dans l'intervalle, et à la suite d'exactions reprochées aux Juifs., une troupe, da; malandrins alla, niais sans succès,. mettre le siège devant l'abbaye de Maillezais: (1236):

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NOTES:

(1) D'après certains auteurs, Geoffroy ayant été, en 1231, fait prisonnier par Henri, roi d'Angleterre, n'obtint sa vise cri liberté qu'à la condition de livrer au monarque anglais, ses châteaux de Mervent et de Vouvent, de rendre hommage et de lui donner des garanties suffisantes de sa fidélité. - Ses chevaliers durent donner la même garantie.

 

 

 

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